Depuis le 20 avril jusqu’au 24 novembre, Venise s’impose comme la vitrine mondiale de l’art contemporain. En plus d’accueillir l’une des plus grandes biennales artistiques, la ville attire une multitude d’expositions mettant en lumière des talents prometteurs et créatifs. Modou Dieng Yacine, tirant parti de cette effervescence artistique, s’aventure dans la beauté italienne pour explorer son architecture ainsi que les richesses de la peinture et de la sculpture vénitiennes des XVe au XVIIIe siècles. Son objectif : restituer la présence des individus noirs, dont beaucoup furent réduits à l’esclavage dans cette cité marchande. Cette recherche approfondie aboutit à l’exposition « Black Venezia », présentée jusqu’au 16 novembre à la 193 Gallery.

L’exposition « Black Venezia » de Modou Dieng Yacine s’attache à la représentation des corps noirs sous un angle décolonial et autobiographique, tout en résonnant avec les flux transatlantiques et méditerranéens. Né à Saint-Louis, au Sénégal – bastion colonial français du XVIIe siècle – il reçoit une éducation catholique, un contraste saisissant avec les traditions majoritairement musulmanes de son pays. Par cette dualité, l’artiste interroge les héritages culturels et la construction identitaire dans un dialogue puissant entre passé colonial et présent contemporain.
Cette dualité, bien que paradoxale, a contribué à tisser un lien entre la France et sa culture tout en engendrant une profonde aliénation de ses identités sénégalaise et africaine. Cet écart, né de cette relation dichotomique, constitue le point nébuleux d’où émerge la graine de son exploration artistique, guidant ainsi sa démarche. À travers son art, il ouvre un dialogue entre l’Afrique et l’Occident, entre les cultures et les valeurs qui nous unissent, en tant que Sénégalais et surtout en tant qu’Africains.
La prise de conscience de son identité noire et de son rapport à la culture a commencé avec le déménagement de sa famille à Dakar, la vibrante capitale sénégalaise, où il s’imprègne de l’énergie dynamique et urbaine des villes africaines. Modou Dieng Yacine découvre alors un monde de penseurs noirs jusque-là inexploré, en s’immergeant dans les implications politiques mondiales de la négritude à travers les écrits de figures telles que Marcus Garvey, Richard Wright, Franz Fanon et James Baldwin. Il se connecte également à une scène artistique locale foisonnante, allant des styles musicaux divers aux peintures murales vibrantes. Cette nouvelle effusion de voix et de genres, tous ancrés dans une identité noire, transforme la perspective de l’artiste et nourrit un désir d’échange avec ses frères et sœurs africains, non seulement de l’autre côté de l’Atlantique, mais au-delà des frontières.
Modou Dieng Yacine entame sa formation artistique à l’École nationale d’art de Dakar, participant parallèlement à la première biennale d’art africain, Dak’Art. Cette expérience lui offre l’occasion de rencontrer des maîtres tels que Joe Overstreet et Mildred Thompson, enrichissant son amour pour la peinture tout en lui faisant découvrir la richesse des médiums abstraits américains. Ces échanges nourrissent son exploration profonde de la toile, où il s’immerge dans les lignes créatives et les couches multiples qui la composent.

Poursuivant son parcours aux États-Unis au San Francisco Art Institute, il élargit sa pratique en intégrant la photographie, l’installation et la performance. Sa démarche artistique se transforme alors en une quête ininterrompue de sens autour de ce que signifie être noir dans une société contemporaine. Ses œuvres, dépassant la simple définition de la peinture, deviennent de véritables performances où les émotions et les concepts guident le choix des médiums. Modou Dieng Yacine s’interroge sur la manière dont l’imagination est modulée, sur l’architecture de l’image et la texture, tout en demeurant profondément ancré dans la bidimensionnalité de la toile.
Dans l’exposition évocatrice « Black Venezia », Modou Dieng Yacine, l’artiste sénégalais, se démarque par sa fidélité à une pratique artistique qui célèbre les récits africains et leurs résonances à l’international. Inspiré par l’histoire complexe des échanges entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient, il plonge au cœur de la présence africaine en Europe, et plus particulièrement à Venise. Là, il revisite avec audace l’iconographie des esclavisés à travers le prisme de l’art classique vénitien.
En intégrant des éléments vibrants de la culture de Saint-Louis du Sénégal, comme la peinture sous verre, Modou Dieng Yacine réinvente ces représentations chargées d’histoire, questionnant leur signification et leur héritage dans nos sociétés contemporaines. Chaque œuvre devient une fenêtre sur un passé souvent oublié, un dialogue entre les cultures qui interpelle et provoque la réflexion.
Le public parisien aura l’occasion de découvrir cette créativité bouillonnante lors de l’événement Also Known As Africa, où Modou Dieng Yacine présentera un solo show du 18 au 20 octobre 2024, représentant la 193 Gallery. Ce moment inoubliable prolongera l’expérience captivante « De l’Atlantique à la Méditerranée noire », à explorer dans la project room de la galerie, du 14 septembre au 31 octobre. Loin d’être une simple exposition, cet événement est une invitation à plonger dans les profondeurs de l’identité, à ressentir les échos de l’histoire, et à célébrer l’art africain contemporain dans toute sa splendeur et sa complexité.

