Entre couleur et rythme : Andrew Pierre Hart expose son univers sonore au Ghana

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L’artiste londonien d’origine barbadienne Andrew Pierre Hart présente Jusqu’au 20 janvier 2025 sa première exposition personnelle à la Gallery 1957, à Accra au Ghana, avec “The Listening Sweet II Ghana. Cette exposition rassemble peintures, fresques murales et sculptures, témoignant de la synergie profonde entre l’art visuel et le son qui caractérise la pratique de Andrew Pierre Hart. Résultat d’une résidence de deux mois au Ghana, chaque œuvre puise dans les résonances culturelles et historiques du pays, reflétant à la fois un ancrage local et une perspective diasporique.

Une exploration entre peinture et son

Andrew Pierre Hart se distingue par une approche interdisciplinaire qui fusionne les arts visuels avec l’univers sonore. Ancien DJ et fondateur du label Deepart, il transpose dans ses peintures et installations des techniques inspirées de l’improvisation musicale et de la recherche rythmique. Ses œuvres sont imprégnées d’une mythologie sonore personnelle, incarnée par des figures comme Sonara et Blacqousti, deux divinités sonores invitant le spectateur à une expérience de guérison et d’écoute.

L’exploration du rythme et de la spatialité sonore est omniprésente dans ses compositions. Si aucun tambour n’apparaît littéralement dans ses toiles, il est omniprésent par sa symbolique. Andrew Pierre Hart puise dans la culture musicale ghanéenne et sa richesse percussive pour structurer l’espace pictural. Le tamalin, un tambour rectangulaire rappelant une toile tendue, devient une métaphore des formes et des textures qui peuplent ses œuvres.

Une palette vibrante aux couleurs du Ghana

L’une des signatures visuelles de “The Listening Sweet II Ghana” est sa palette chromatique intense. Les couleurs évoquent l’esthétique nationale du Ghana, traversée à la fois par la fierté nationale et les tensions sociales, notamment dans une année électorale marquée par des manifestations. Ces teintes éclatantes sont à la fois une célébration et une forme de résistance visuelle, un écho aux réalités contemporaines du pays.

Au cours de sa résidence, Andrew Pierre Hart s’est engagé dans des réflexions critiques sur des questions sociopolitiques, notamment le Galamsey (l’exploitation minière illégale) et les manifestations grassroots qu’il a observées et auxquelles il a participé. Cette expérience se traduit par une intensité graphique et gestuelle qui confère à ses fresques un dynamisme quasi musical.

Une improvisation murale en résonance avec l’espace

Les fresques murales d’Andrew Pierre Hart s’imposent comme des dialogues spontanés avec l’architecture de la galerie. Tracées directement sur les murs sans esquisses préliminaires, elles incarnent un geste libre et instinctif, où lignes et formes ondulantes traduisent une sorte de partition visuelle. Cette approche renvoie à la tradition picturale des villages Gurunsi du nord du Ghana, où la peinture murale est un acte performatif et communautaire.

Andrew Pierre Hart développe ainsi une cartographie graphique qui explore le passage du son à l’image. Il expose les motifs rythmiques et les codages sonores, s’inspirant à la fois des codes de divination Yoruba et des partitions graphiques modernes.

Une connexion entre diasporas et temporalités multiples

L’un des aspects les plus fascinants de cette exposition est la manière dont Hart entrelace les réalités diasporiques de Londres, de la Barbade et du Ghana. Son travail s’inscrit dans une continuité historique et culturelle où le passé, le présent et le futur coexistent dans une dynamique fluide. En confrontant les esthétiques occidentales à des références africaines et caribéennes, il crée des espaces d’interaction où les identités et les mémoires dialoguent.

“The Listening Sweet II Ghana” illustre cette fluidité temporelle en engageant les spectateurs à une réflexion sur l’écoute et l’attention portée aux résonances de l’histoire et du présent. Andrew Pierre Hart orchestre une expérience sensorielle et intellectuelle qui s’inscrit dans la grande tradition de l’art contemporain africain, tout en y insufflant une perspective novatrice et personnelle.

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