Lancé en grande pompe en 2019, en présence de stars internationales comme Naomi Campbell, Youssou N’Dour, Adama Paris ou encore Sara Diouf, le programme de résidence d’artistes Black Rock est déjà une référence en Afrique de l’Ouest. Il accueille chaque année des artistes de différents horizons pour des échanges transculturels et interdisciplinaires, avec pour objectif fondamental, de montrer au monde une Afrique différente. Derrière ce projet, il y a la vision de Kehinde Wiley, peintre afro-américain au parcours et aux références exceptionnels.

Kehinde Wiley : un parcours artistique très engagé

Né à Los Angeles en 1977, d’un père nigérian et d’une mère afro-américaine, Kehinde Wiley a toujours fièrement porté son manteau d’artiste engagé pour la cause noire. L’essentiel de ses œuvres est en effet conçu dans une démarche visant à replacer l’homme noir au cœur de l’Histoire de l’art. S’insurgeant contre la relégation des noirs aux fonctions d’esclaves et de servantes dans la plupart des collections des musées, il réalise, à la manière des grands maîtres, des portraits d’hommes et de femmes afro-américains dans des arrière-plans aux tons naturels et colorés.

Le travail artistique de Kehinde Wiley s’inspire entre autres du Rococo, des textiles africains et de grands peintres classiques comme Jean-Auguste-Dominique Ingres et Tintan. Parmi les projets majeurs de sa carrière, figure notamment la conception de la ligne graphique des vêtements, des chaussures et des accessoires de la marque Puma pour la coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Wiley a également réalisé plusieurs portraits de stars afro-américaines comme Big Daddy Kane, Ice T, LL Cool J ou encore Michael Jackson. Mais c’est en 2018 que sa carrière a réellement connu une ascension fulgurante, avec la réalisation du portrait de fin de mandat de Barack Obama. Amy Sherald, l’artiste choisie par Michelle Obama pour réaliser son portrait, et Kehinde Wiley, sont les premiers artistes noirs à réaliser des portraits officiels de présidents américains.

Black Rock : une oasis de luxe en plein Sahel

Kehinde Wiley est un amoureux de l’Afrique, un continent qu’il a découvert en rejoignant son père au Nigéria via Air Afrique, la seule compagnie qui reliait à l’époque l’Occident et le Nigéria. Au cours d’une escale à Dakar, le jeune d’alors 19 ans, découvre un continent riche de par sa diversité culturelle, artistique, culinaire et traditionnelle. Il passe donc plusieurs années à visiter les pays du continent, leurs cultures et leurs particularités. Mais il a gardé une relation particulière avec le Sénégal et plusieurs grands noms de sa scène culturelle tels que Boubacar Koné et C.C.H Pounder, les fondateurs de l’un des premiers musées d’art contemporain en Afrique de l’Ouest.

C’est donc assez logiquement qu’il choisira le pays de la Terranga pour accueillir son principal projet : Black Rock. Nommé en référence aux roches volcaniques qui essaiment le littoral de Dakar, ce projet est né de la ferme volonté de créer un espace pour l’expression des énergies artistiques et créatives du continent. Conçu par et pour les africains, la résidence d’artistes Black Rock se veut être un lieu où les images négatives et sombres qui sont accolées au continent n’ont pas leur place.

Kehinde Wiley veut faire de Dakar une « provocation aussi sexy que New York ou Paris » et il y met les moyens. Vue panoramique sur les berges de l’océan Atlantique, piscine débordante, trois appartements luxueux dont les salles de bain sont aussi grandes qu’un studio new-yorkais, balustrades en verre poli, jardin manucuré… tout est fait pour mettre les artistes dans des conditions optimales et propices à l’émanation créative. La décoration intérieure a été réalisée par des artisans locaux comme l’architecte Abib Djenne, la couturière Assa Dione et la sculptrice Fatiya Djenne. Les murs sont également sublimés par plusieurs portraits de Wiley.

Un fort engouement dès le lancement

Dès les premières heures de l’ouverture de la résidence en 2019, la direction a reçu des milliers de candidatures à travers le monde. 16 d’entre elles ont été finalement sélectionnées pour faire partie des premiers pensionnaires. Parmi elles, on peut noter le photographe Malick Welli, le peintre Devin B. Johnson, la chorégraphe Germaine Acogny et la designer américaine Heather Jones.

Aucun artiste local ne faisait partie de cette première cohorte, mais ces derniers ont pu profiter de l’expertise des résidents à travers des ateliers et des rencontres. Les artistes en résidence ont également eu l’occasion de découvrir la ville de Dakar, la cuisine sénégalaise, d’assister à des événements culturels et d’ouvrir leurs studios pour faire découvrir leur travail.

Une nouvelle cohorte en cours

En août dernier, Black Rock a lancé un appel à candidatures afin d’accueillir la seconde cohorte d’artistes en résidence. De nombreuses candidatures ont été recueillies jusqu’au 31 août 2020. La liste des artistes retenus sera publiée dans les semaines à venir.


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