La présidence de la République du Bénin annonce la mise en place d’une exposition exceptionnelle, occasion peu commune qui se tiendra du 19 février au 22 mai 2022 au Palais de la Marina sous le thème « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la restitution à la révélation : trésors royaux et art contemporain du Bénin ».

Cette exposition diptyque publique est une double opportunité pour mettre à la fois l’accent sur l’art ancien du Bénin restitué dernièrement par le Musée du Quai Branly, et sur l’art contemporain du pays et de sa diaspora. Une manière pour l’État Béninois de faire découvrir les artistes majeurs et émergents du pays à travers un parcours scénographique de plus de 2.000 m2 à la présidence de la République du Bénin.

Cette méthodologie diachronique, allant du XIXe siècle au XXIe siècle, propose un mixage entre les œuvres. L’exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la restitution à la révélation : trésors royaux et art contemporain du Bénin » met à la disposition cet héritage artistique et révèlent par la même occasion sa position de pôle de création et de diffusion créative du continent africain.

L’exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la restitution à la révélation : trésors royaux et art contemporain du Bénin » réunira 34 artistes contemporains comme Georges Adéagbo, Laeila Adjovi, Euloge Ahanhanzo-Glèlè, Eliane Aïsso, Ishola Akpo, Edwige Aplogan, Youss Atacora, François Aziangué, Moufouli Bello, Sébastien Boko, Charly d’Almeida, Emo de Medeiros, Épaphras Dègnon Toïhen, Sènami Donoumassou, Kifouli Dossou, Ludovic Fadaïro, Dimitri Fagbohoun, Meschac Gaba, Dominique Gnonnou « Kouas », Romuald Hazoumè, King Houndekpinkou, Nobel Koty, Éric Mededa, Louis Oké Agbo, Thierry Oussou, Yves Apollinaire Pèdé, Gérard Quenum, Rémy Samuz, Julien Sinzogan, Tchif, Cyprien Tokoudagba, Nathanaël Vodouhè, Ponce Zannou, Dominique Zinkpè et plus d’une centaine d’œuvres, véhiculant toute l’impériosité inventive de la scène béninoise à travers une variété de médiums et techniques comme la peinture, la sculpture, des installations, la vidéo, le dessin, l’art numérique et même des performances… Les Trésors royaux du Dahomey seront également présentés aux publics après 129 ans d’exil.

De la colonisation aux restitutions

Le 17 novembre 1892, le général français Alfred Amédée Dodds entre à Abomey, capitale du royaume du Danxomè, après deux ans de combats. Les soldats français pillent les palais et la ville. Dodds et ses soldats conservent d’importantes marchandises royales et les ramènent en France. Dans la période qui suit, la France coordonne une région pionnière qu’elle exploite sous le nom de Colonie du Dahomey et dépendances.

A lire aussi :  Romuald Hazoumè présente de nouvelles œuvres inédites à la Galerie MAGNIN-A de Paris

Lors de la décolonisation, dans les années 1960, de nombreuses nations demandent l’arrivée des biens pris pendant la période coloniale. Pendant un certain temps, ces appels resteront sans fin.

Ce n’est qu’en 2016 que la France concède que la sollicitation du gouvernement béninois est authentique, malgré le fait que la restitution reste juridiquement impensable au regard du droit patrimonial français.
En novembre 2017, le Président français a affirmé dans son discours à l’Université de Ouagadougou la disponibilité française à participer des restitutions. Le cycle s’enclenche enfin, et le 24 décembre 2020, la loi relative à la restitution de 26 biens culturels au Bénin est promulguée en France, au mépris de la ligne directrice du caractère inéluctable des collections publiques françaises.

Le 9 novembre 2021, la manifestation de l’échange effectif de propriété 26 biens à la République du Bénin par la République française a été entérinée au Palais de l’Elysée sous les yeux des dirigeants des deux nations. Le lendemain, les 26 trésors royaux d’Abomey sont arrivés à Cotonou et ont été réceptionnées au Palais de la Marina et seront présentées dans l’exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la restitution à la révélation : trésors royaux et art contemporain du Bénin ».

Art contemporain du Bénin sous 3 thématiques

En correspondance avec la vision de faire découvrir les 26 œuvres restituées, il a été en outre prévu la possibilité d’amener la population à retrouver la création imaginative contemporaine au Bénin et de sa diaspora par une variété de formes et de style.
Cette exposition présentera les créateurs, aux fondements et profils multiples, autodidactes ou anciens élèves d’écoles d’art qui expriment à travers leurs œuvres leur vision particulière du Bénin contemporain, soutenue par la sève de la coutume et un désir de réinvestir les patrimoines et héritages, dans un langage de restauration cohérent.

Cette exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la restitution à la révélation : trésors royaux et art contemporain du Bénin » reflète la responsabilité imaginative et les interrogations qui animent les artistes béninois et qu’ils réverbèrent dans leurs créations, à travers différents mediums. Elle propose une immersion dans les univers débordants et décrypte l’essentiel et la puissance de l’imaginaire créatif du Bénin.

Tout en se voulant pédagogique, elle ouvre au public béninois un univers encore et toujours considéré comme élitiste et hermétique. Les solides réflexions qui en découlent portent sur les liens : ceux que l’on tisse avec les autres, la transmission d’informations et de sentiments, la fabrication d’intermédiaires forts.

A lire aussi :  L'Afrique du Sud déclare son équipe pour la Biennale de Venise

La sélection des artistes qui composent chacune des trois parties de l’exposition tient autant aux sujets créés, aux matériaux utilisés qu’aux différents médiums.

Il s’agit d’un défi qui consiste à étudier la cartographie imaginative dans le cadre d’un développement durable, sans chercher à la figer ou à la déformer et sans pratiquement rechercher l’exhaustivité.

récurrence / variation

Les sujets abordés concernent le sacré, le céleste. L’histoire, l’héritage insaisissable, les dieux et leur cosmogonie sont généralement des sources de motivation et des champs d’investigation pour ces artistes.

Comment dire et rendre perceptible l’indécelable ? Cyprien Tokoudagba, Yves Pèdé, Ludovic Fadaïro et Dominique Kouas apparaissent ici comme des guides et des veilleurs qui détiennent les clés d’un univers de figures fantaisistes, de signes initiatiques et d’images idylliques où prolifèrent êtres divins, déesses, seigneurs et souverains d’antan.

En ce qui concerne Epaphras Toïhen, il s’accroche à cet héritage et installe une travée commémorative entre un univers des vivants et un royaume désuet, peuplé des marmonnements d’une règle négligée qu’Euloge Ahanhanzo-Glèlè se plaît à faire revivre.

transition(s)

Cette séquence de l’exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la restitution à la révélation : trésors royaux et art contemporain du Bénin » propose un ensemble d’œuvres qui étudient, dans un va-et-vient entre le passé et le présent, les figures authentiques, les esprits et les ancêtres qui marquent nos souvenirs et soutiennent nos imaginaires.

Les artistes donnent corps et vie aux fantasmes et aux légendes en leur donnant une matérialité et en les gravant dans une fidélité. La représentation de la femme, dans ses attributions amplifiées, est une de ses lignes de force.

Sous les outils de Dominique Zinkpè, Ishola Akpo, Laeila Adjovi, Remy Samuz, les dames sont ainsi championnes, princesses, souveraines, dames de pouvoir, saintes messagères et déesses. La place que leur accordent les artistes est celle de transmetteurs de mémoire et d’histoire.

La femme devient ici donc le lien entre le passé, le présent et le futur. Cette vision honorable et idolâtrée qui l’introduit dans une position indissociable de celle de Legba, avec la mission, non seulement d’œuvrer pour notre avantage méthode d’intervention puissante envers les prédécesseurs et les êtres divins, mais aussi d’ajouter pour mieux ré-acculturer notre réalité.

transgression / hybridation

La contemplation est au cœur de ce passage de l’exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la restitution à la révélation : trésors royaux et art contemporain du Bénin ». Les questions que se posent les artistes qui le forment sont de l’ordre existentielle. Il y a dans ces questionnements, des inquiétudes sur le sort éventuel de l’Homme et sur ses projections vers des cieux meilleurs, sur l’hybridation dont il est l’objet et son parcours caractériel qui ne peut fonctionner sans offense.

A lire aussi :  « Investec Cape Town Art Fair » investi le cap et anime le calendrier artistique sud-africain

Notre identité est généralement en cours de développement. Elle s’empare des composantes par le cadre dans lequel nous vivons, mais d’autre part, elle est avancée par les engagements de notre passé, nos différents récits, les fantasmes et les légendes qui ont formé notre réalité.

Les êtres divins, anciens ou nouveaux, les personnages cyborgs de Gérard Quenum, les robots afro-avancés d’Emo de Medeiros, ou les ombres vaporeuses de Sènami Donoumassou donnent la proportion de l’Homme que nous sommes en train de devenir. Un hybride qui se partage entre l’humain, la machine et le divin.

À la découverte des arts du Bénin

L’exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui, de la Restitution à la Révélation : Trésors royaux et Art contemporain du Bénin » est accessible au public du dimanche 20 février au dimanche 22 mai 2022, uniquement sur réservation en ligne.

Quelques dispositifs comme des conférences, projections, actions de médiation seront également proposés aux publics afin de pouvoir rétablir l’héritage et mieux faire progresser la création contemporaine Béninoise dans le monde.


Si cet article vous a plu
Pensez à le partager et mettre un like
sur les réseaux sociaux.
Partagez l'article

ON ART est un média 100% indépendant,
financé par ses lectrices et lecteurs.

La meilleure façon de soutenir est
de devenir Tipeuse/Tipeur !

Devenir Tipeuse/Tipeur