Ken Nwadiogbu plonge la galerie Kristin Hjellegjerde dans une fragmentation de couleur insolite et entraînante à travers son exposition « Fragments Of Reality ». Organisée jusqu’au 25 novembre par Dolly Kola-Balogun en collaboration avec Retro Africa, cette présentation de l’artiste contemporain propose une série de figures flamboyantes en référence à ses souvenirs personnels créés à Londres.
L’artiste nigérian arrive à Londres en 2022, après avoir décidé de poursuivre ses études artistiques au Royal College of Art. Cette décision a profondément influencé son approche de l’art, mais également sa perception plus large de soi ainsi que sa façon de visualiser le monde. La sélection d’œuvres présenter au cours de l’exposition « Fragments Of Reality » a été tirée des photographies prises par l’artiste au Royaume-Uni. Il s’agit de capture personnelle fait des ses amis, de sa famille et d’autres membres de la communauté noire immigrée. Extrapolant l’objectif de créer simplement les images photographiées, Ken Nwadiogbu réalise un gros plan sur les détails spécifiques des captures, en mettant en lumière les vifs résidus émotionnels qui perdurent après un moment.

Il offre au public, un visuel percutant à travers une série de personnages dépeints dans une palette de couleurs éblouissantes de jaune, de rouge et d’orange. Émergent ou descendant dans des fonds abstraits et texturés, ces souvenirs personnels de Ken Nwadiogbu donnent l’impression d’être partagé à même dans l’espace d’art. A travers ces portraits de moments éphémères pourtant restés gravé dans son esprit, l’artiste souhaite enjoindre le public à une exploration en commun de sa mémoire et de sa nouvelle façon de percevoir le monde.
Ainsi, « Fragments of reality », sa première exposition personnelle à la galerie Kristin Hjellegjerde, aborde ses expériences de l’adaptation à la vie londonienne ainsi que sa démarche constructive d’un sentiment de communauté et de désir de retour chez soi.

En correspondance avec son état psychologique, et le rythme musical donné dans son studio, Ken Nwadiogbu répand la peinture sur sa toile et laisse le mouvement de la couleur définir le détail à reproduire au prime abord. S’en suit la matérialisation profonde, vive et texturée du personnage et des traits d’informations contextuelles notamment le bord d’un matelas, une clôture métallique ou encore des escaliers roulants. Cette méthode de création offre un rendu envoûtant installer entre réalité et fiction.
L’éclatante palette de couleur de ces récentes œuvres permet d’illuminer en simultanée des détails précis et favorise la projection de l’image dans un espace de transition qui selon l’artiste s’apparente au « royaume spirituel, le côté du monde que nous ne comprenons pas complètement et que nous ne pouvons pas comprendre ». Peintes en images comme en mots, les teintes chaudes ressortissantes de ces toiles s’inspirent davantage de cette idée ainsi que de l’esthétique des caméras thermographiques qui enregistrent l’énergie thermique. Ken Nwadiogbu s’explique en ces termes : “Quand un moment s’écoule, les souvenirs deviennent de l’énergie, de sorte que même lorsque l’expérience visuelle s’estompe, le sentiment demeure et s’ancre dans qui nous sommes“.

La représentation de personnages anonymes tournants dos au spectateur ou parfois masquer, revêt une connotation significative. En effet, parfois dépeint dans des contextes domestiques intimistes, ces figures semblent pourtant distantes et indéchiffrables. Cette analogie est une référence aux expériences d’anonymats de Ken Nwadiogbu à son arrivée dans la ville anglaise. En supplément, ce trait impersonnel permet aux visiteurs d’attribuer une image propre à ces figures selon leurs perceptions du monde.
À la différence, d’autres toiles de la série « Fragments of reality » présentent des personnages fixant directement le spectateur. Les traits de leurs regards sont soulignés par des cercles sombres découpés qui apparaissent comme des lunettes ou des portails vers leur âme. Pour expliquer cette forme de regard, il affirme : « C’est comme lorsque vous établissez un contact visuel avec quelqu’un dans le bus ou dans le train – à ce moment-là, il y a une vie instantanée : il devient un individu avec sa propre histoire et ses propres émotions avec lesquelles vous pouvez sympathiser et vous identifier. »

En se rapportant à cette explication, le travail de Ken Nwadiogbu apparaît comme un portail servant à identifier et à créer des moments de connexion intenses qui brisent les frontières sociales, culturelles et politiques. Ses peintures abordent principalement l’expérience quotidienne des immigrants noirs au Royaume-Uni, tout en faisant office de rappel à une humanité partagée.

