Depuis sa première exposition à Stockholm en 2009, Beya Gille Gacha n’a de cesse de faire profiter de son talent et ses œuvres partout où elle en a l’occasion. Du Smithsonian Museum de Washington au Grand Palais de Paris, en passant par l’espace artistique Le Centre de Lobozounkpa au Bénin ou encore la Galleria Nazionale à Rome, bien d’endroits ont abrité ses créations uniques, reconnaissables parmi toutes grâce aux milliers de petites perles qui les composent.

Si l’empreinte artistique de Beya Gille Gacha est basée sur les perles, l’impact de l’artiste dans le monde de l’art ne se résume pas qu’à cette matière. En effet, chacune de ses réalisations a toujours pour objectif de délivrer un message, de provoquer une prise de conscience et de réveiller les esprits parfois trop enfermés ou encore endormis…

ON ART MEDIA vous présente une jeune artiste d’exception, lauréate du prix Léridon en 2019.

De l’origine au déclic

Née en 1990 à Paris, Beya Gille Gacha est une jeune femme métisse d’origine camerounaise par sa mère. Enfant à l’esprit vif, son métissage lui ouvre plusieurs horizons culturels qui nourrissent sa grande curiosité. Dotée d’une grande sensibilité, elle découvre un moyen d’expression privilégié à travers le dessin, qu’elle commence dès l’âge de 7 ans.

 Beya Gille Gacha : portrait d’une artiste engagée
Beya Gille Gacha
Photo : Lorenzo Piano

Alors qu’elle suit des études dans un lycée d’arts appliqués, elle découvre le pouvoir des arts plastiques, dont elle dira qu’ils lui ont “apporté la liberté”. Plus qu’une découverte, c’est une révélation pour elle ! Les productions artistiques qui en découleront lui permettront de laisser enfin libre cours à sa créativité, tout en exprimant ses réflexions et ses pensées les plus profondes !

C’est lors d’un voyage au Cameroun, à 18 ans, que Beya Gille Gacha a redécouvert les objets perlés, une technique traditionnelle qu’elle a apprise dans les ateliers de la Fondation JF Gacha (ONG créée par sa tante à Bangangté). Cette tradition Bamiléké, ethnie de l’Ouest du Cameroun, consiste à broder des petites perles sur divers objets, sculptures et petits mobiliers, afin de démontrer la prospérité apportée au peuple par le roi.

Sept ans après ce voyage, elle inventa sa propre technique parce que celle traditionnelle ne lui permettait pas d’atteindre le niveau de perlage qu’elle espérait sur ses sculptures anthropomorphes. C’est ainsi qu’elle dévoile sa première sculpture perlée en 2016. En effet, sa spécialité est le corps humain à l’épiderme perlé de bleu et comme elle le dit souvent : «  perle des êtres humains, pour signifier la valeur et la richesse de chacun ».

Forte de cette expérience, elle participe à Afrikanska Penslar, exposition collective à Stockholm en 2009, et, convaincue d’avoir trouvé sa voie, la jeune femme suit pendant deux ans des cours d’histoire de l’art à l’École du Louvre. Elle finit par quitter l’institution en 2014, trouvant le cursus trop théorique. Dans la foulée, elle créée l’association NEFE puis plus tard le collectif DES GOSSES avec les artistes Neals Niat et Baye Dame Cissé, qui vise à s’exprimer à travers l’art de la marginalisation, des difficultés que rencontrent les jeunes afro-français dans le monde de l’art contemporain français à l’instar du cinéma.

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Son art, sa technique et son inspiration

Beya Gille Gacha est une artiste émergente, dont les œuvres les plus connues aujourd’hui sont constituées d’objets recyclés, chinés ou moulés dans de la silicone. Ses diverses créations artistiques, des parties de corps parfois mises en scènes, souvent mais pas toujours ornées de perles et accompagnées de courts-métrages ou de photographies qui conceptualisent plus avant le sujet abordé par ces œuvres.

Le processus de création de Beya est particulier, polyvalent, s’adaptant à chaque muse, à chaque idée. Il commence toujours par une rencontre. Celle-ci provoque une émotion qui fait naître l’idée. Et parfois, les vibrations qu’elle ressent au fur et à mesure de l’avancée du projet peuvent l’emmener beaucoup plus loin que prévu ! Pour une pièce, elle pourra toucher à un vaste éventail de domaines.
Dans un entretien, elle affirmera même que : “ La conception d’une pièce et le nombre de savoir-faire sollicités afin de lui donner naissance peuvent parfois être étonnant ”. De la ferronnerie à l’aéronautique, de la plomberie à la médecine, la jeune créatrice puise dans tout ce qui peut l’inspirer et n’arrête jamais d’apprendre chaque jour un peu plus pour offrir un résultat final toujours plus époustouflant.

Si sa Vénus Nigra est recouverte de perles noires et colorée de rouge aux extrémités, ses autres représentations ont la peau perlée de bleu de différentes nuances.

Pourquoi le bleu ? Parce que « c’est la couleur de la sagesse, mais aussi de la noblesse, du “sang bleu” en France comme des princes bamilékés » selon ses propres mots. Il y a aussi la faïence égyptienne à laquelle la jeune artiste a voulu faire un clin d’œil. En recouvrant chaque fois ses sculptures de forme humaine de ces perles de même couleur, Beya Gille Gacha rappelle ainsi que nous avons tous une même valeur inestimable.

Beya Gille Gacha aime ce qui est beau, la lumière, le monde, l’Homme. Mais ce sont les injustices, les inégalités qui l’inspirent. Sans oublier la richesse de son métissage et de son environnement familial ! Elle aime décrire son art comme « poético-brut ». Dans ce sens, son projet STOLEN HANDS réalisé en début d’année 2018 à Palerme s’est axé autour d’une expérience collective qu’elle a qualifiée de magnétique, quasi-rituelle dont le résultat a abouti sur des scènes de mains, moulées à partir de celles des participants, empreintes d’un mystère très poétique.

Si elle est une artiste qui s’impose un peu plus à chaque création, Beya est avant tout une femme qui s’interroge sur sa place dans le monde. C’est pourquoi son art, qu’elle veut utile, est engagé et parle des thématiques sociales. Il reflète des problématiques actuelles et représente notre société contemporaine. En témoigne la série ORANT qui renvoie par exemple au thème de l’enfance et de la construction de l’être humain. Celle intitulée “Identités” parle d’héroïsme, de “Symboliques de démembrement” des actes pervers et violents…

En définitive, son objectif, plus que de s’exprimer, est d’inspirer d’autres manières de voir le monde et d’interagir avec lui, instiller un peu d’optimisme pour tendre vers quelque chose de mieux, de plus beau, de sublime.


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