Nommé en conseil des ministres le 27 mai 2020, Emmanuel Kasarherou est le nouveau président du musée de Quai Branly. Il prend fonction dans une période marquée par la crise de la Covid-19, mais également par le débat lié à la restitution des œuvres africaines. Sur le sujet, le nouvel arrivant semble avoir déjà son avis. Pour lui, définir clairement les origines desdites œuvres est un préalable indispensable avant toute restitution.  

Un deuxième trimestre très mouvementé

Le mois de juin a été particulièrement agité dans le monde culturel. Le débat sur la restitution des œuvres africaines volées a été ravivé par l’incident qui s’est produit dans l’enceinte du Musée du Quai Branly. Il y a quelques jours, cinq hommes se sont en effet rendus sur les lieux pour arracher un poteau funéraire Bari provenant du Tchad. À cela s’est ajouté le mouvement Black Lives Matter qui a rappelé les discriminations subies par les noirs à travers le monde. Dans ce contexte très particulier, la nomination d’Emmanuel Kasarherou aux commandes du Quai Branly a suscité de nombreux espoirs du côté des militants pour la restitution. Né d’une mère française et d’un père kanak, le successeur de Stéphane Martin dirigeait autrefois l’agence de la culture Kanak. En 2014, il a été nommé au poste de directeur adjoint du patrimoine et des collections du musée du Quai Branly.

Désillusion pour les militants de la restitution des œuvres africaines

Dans une interview accordée au New York Times le 5 juin, Emmanuel Kasarherou jugeait le rapport Sarr-Savoy publié en 2018 « très militant ». Le nouveau président du Quai Branly avait ensuite affirmé qu’il ne constituerait donc pas la ligne directrice de son action. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Felwine Sarr, l’un des auteurs du rapport, a trouvé son intervention « peu originale » et assez proche de la position de Stéphane Martin, son prédécesseur. Pour l’écrivain sénégalais, restituer les œuvres pillées en Afrique il est temps que des actes concrets soient posés en faveur d’une restitution effective.

Dans une autre interview accordée à l’art kanak, Emmanuel Kasarherou avait cependant tenté de rassurer, tout en estimant que l’approche globale du rapport Sarr-Savoy constitue l’une de ses principales limites. Pour lui, il ne prendrait pas en compte chaque objet dans sa singularité, mais « considère les collections comme un lot, comme une collection “du même” ». Il ne pourrait donc pas servir de manuel pour une politique de restauration.

Une démarcation tout de même avec son prédécesseur

Contrairement à Stéphane Martin qui était plutôt pour la circulation et le partage des œuvres d’art concernées, Emmanuel Kasaherou pense qu’il est effectivement possible qu’elles soient restituées. Toutefois, pour y parvenir, le nouveau président du Quai Branly suggère que des recherches scientifiques soient effectuées pour identifier leurs origines avec précision. Il rappelle à cet effet que de nombreux objets sont arrivés au musée du Quai Branly « après être passés par une deuxième, troisième, voire quatrième main, dont on ne sait parfois rien ». En plus des nombreuses questions politiques, juridiques et logistiques à régler, l’expert estime donc qu’un travail de recherche minutieux est indispensable pour l’aboutissement du projet de restitution des œuvres africaines.

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Pour l’heure, Emmanuel Kasaherou envisage de se tourner vers ses homologues des musées africains pour discuter autour des questions techniques. Pour le reste, ce sera aux États de s’asseoir autour d’une table et de décider.


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