14 femmes nous dévoilent leurs regards sur l’art contemporain africain.

Mary Sibande, Enam Gbewonyo, Otobong Nkanga, Tuli Mekondjo, Georgina Maxim, Selly Raby Kane, Bouchra Khalili, Na Chainkua Reindorf, Myriam Mihindou, Wangechi Mutu, Gosette Lubondo, Dalila Dalléas Bouzar, Josèfa Ntjam et Ndidi Dike présentent leurs croyances, leurs perceptions sur les stéréotypes, leurs points de vue sur l’émancipation de la femme et sur d’autres expériences marquantes de l’histoire de l’art contemporain en Afrique. Elles apportent aussi un regard neuf et authentique au Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA.

Cette initiative portée par Nadine Hounkpatin (BENIN) et Céline Seror (France), fondatrices de l’agence Artness et du média The Art Momentum, fruit de leur longue et étroite collaboration, sont les commissaires de Memoria. Présentée dans le cadre du Focus Femmes de la Saison Africa2020, celle-ci réunit plus de 200 événements culturels organisés en France de décembre 2020 à mi-juillet 2021. Cette exposition a été pensée pour donner une plateforme d’expression aux artistes africains du continent et de la diaspora, sur invitation de la commissaire générale N’Goné Fall et du programme régional d’expositions vivantes, lancé à l’initiative de la Directrice du Frac Nouvelle-Aquitaine, Claire Jacquet.

3 axes narratives de « Memoria : récits d’une autre histoire »

De l’intime à l’universel

Cet aspect personnel des œuvres où les artistes partagent leurs vécus et leurs expériences, permettront au public de découvrir leurs différentes facettes et l’histoire de la femme africaine du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest.

C’est le cas de l’œuvre de l’artiste sud-africaine Mary Sibande « Wish you were here, 2010 », qui nous raconte l’histoire de son pays en s’inspirant de sa propre expérience familiale. Cette œuvre représente une domestique du temps de l’apartheid, une pelote de laine rouge désignant le passé sanglant qui de fil en aiguille va se tisser sur un tableau symbolisé par la lette « S », qui rappelle le prénom « Sophie » que l’on attribuait aux esclaves, mais surtout qui marque le phénomène croissant de « Superwomen », ces femmes fortes et résilientes qui reprennent leur destin en main. L’artiste, tout en rappelant le passé violent qu’a subi les générations de femmes de sa famille en particulier et de son pays en général, leur fait honneur pour leur courage et leur combat héroïque face à l’adversité.  

Mary Sibande, Wish you were here, 2010.
Techniques mixtes, dimensions variables.
Courtesy de la collection Gervanne et
Matthias Leridon, photo Momo Gallery

Autre œuvre poignante dans ce registre est celui de la peintre algérienne Dalila Dalléas Bouzar qui reprend dans sa série « Princesse, 2015 » 12 portraits de femmes, victimes de guerre, à partir de clichés photographiques réalisés par Marc Garanger, soldat dans l’armée coloniale en Algérie française dans les années 60. Tout en remplaçant leurs tatouages d’origine par d’autres graphismes revisités en les auréolant d’une couronne d’or qui leur donnent une allure royale, de princesses, parées contre le regard colonial de l’époque. L’artiste inverse dans son œuvre ce regard de femme humiliée, à faire des photographies sous contrainte, sans son voile, à une forme de résistance sous fond noir donnant un aspect intemporel.

Dalila Dalléas Bouzar, Princesse #4, 2015-
2016, huile sur toile, 50 x 40 cm, courtesy
de l’artiste et de la Galerie Cécile Fakhoury
(Abidjan, Dakar, Paris), ADAGP, Paris 2021,
photo Grégory Copitet

Mémoire, cette œuvre politique

Cette thématique renvoie aux artistes qui s’expriment sur la politique, ces femmes qui expriment une forme de dénonciation de l’exploitation des hommes, des ressources et des matériels. L’interprétation de ces œuvres demeure personnelle tout en éveillant les consciences sur les inégalités, entres autres le racisme et le sexisme, les problématiques communes et sur les enjeux à venir.

Bouchra Khalili, cette artiste franco-marocaine au travers de sa série de vidéos « The Speeches Series, 2012-2013 », met en scène des personnes ordinaires qui récitent dans leur langue maternelle des passages de différents textes politiques, littéraires ou poétiques d’Aimé Césaire, Abdelkrim Al Khattabi, Malcolm X, Mahmoud Darwish, Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau. Ce qui par conséquent, leur faire prendre conscience de l’impact qu’elles peuvent avoir sur leur communauté en donnant une valeur collective à leur parole.

Quant à la photographe Gosette Lubondo, elle expose « Imaginery Trip II, 2018 » à travers les clichés du passé colonial de son pays, le Congo, sous des traits de personnages fictifs et d’aspect fantomatique. De même, elle invite à la réflexion sur la mémoire des espaces et des individus.

Fabulations, fictions et autres imaginaires

Emettre un regard sur le passé tout en se tournant vers le futur avec une portée contemporaine au niveau de la création artistique, une conjugaison des multiples formes d’expression générant des pistes de collaboration entre les artistes et la société civile. L’artiste camerounaise, Josèfa Ntjam, utilise plusieurs composantes artistiques (performance, écriture, vidéo, céramique etc.) de façon transversale. Elle combine le passé et le présent pour créer des récits et des formes futuristes. Son œuvre « Hybrid Family » dépeint un univers subaquatique qui pousse à la réflexion de l’existence, de la cohabitation et des questions d’hybridité. Quant à la Ghanéenne Na Chainkua Reindorf, elle crée ses sculptures en exploitant des matières telles que le textile, les perles, les fils mélangés à plusieurs composantes artistiques, le tout associé au savoir-faire et aux techniques des régions de l’Afrique de l’Ouest.

L’exposition « Memoria : récits d’une autre histoire » s’accompagne d’un ouvrage et d’un livret pour une immersion totale et propose la découverte de 14 œuvres des plus surprenantes de 14 femmes toutes aussi incroyables les unes que les autres.


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