Depuis le 4 décembre 2020 et ce jusqu’en mars 2021, la Galerie Cecile Fakhoury propose une série d’expositions dans ses locaux ivoiriens et sénégalais. Entre constructions identitaires et souvenirs, les artistes nous emmènent à travers leurs œuvres dans une exploration plurielle. Au programme : une exposition collective de cinq jeunes femmes à Dakar et deux expositions personnelles à Abidjan.

Si vous passez par Dakar

La Galerie Cecile Fakhoury de Dakar accueille du 04 décembre 2020 au 19 février 2021, l’exposition collective I have this memory, it is not my own  de cinq jeunes artistes féminines : Mariam Abouzid Souali, Jess Atieno, Binta Diaw, Rahima Gambo et Adji Dieye. À travers un ensemble de pratiques aussi variées que l’installation, la vidéo, la tapisserie et la peinture, l’exposition propose d’interroger nos existences contemporaines par le biais des « architectures » qui les composent.

Mariam Abouzid Souali

Mariam Abouzid Souali, marocaine, vit et travaille actuellement à Tétouan au Maroc. Ses œuvres nous plongent dans un univers lié à l’enfance : celui du jeu. Les figures enfantines de l’artiste évoluent à travers des paysages à l’architecture familière et pourtant toujours empreints d’une inquiétante étrangeté, des endroits dont les enfants sont habituellement absents. La juxtaposition entre ces deux mondes, celui du jeu de l’enfance que l’artiste rattache au monde rural, et celui d’une globalisation libérale, permet à Mariam Abouzid Souali de tisser des liens sensibles et nous amène à questionner le fonctionnement de notre monde, à plusieurs vitesses entre ses inégalités de développement et les destructions, qu’entraine la course effrénée au développement.

Jess Atieno

L’artiste kenyane Jess Atieno vit et travaille à Chicago, aux Etats-Unis. À travers une démarche pluridisciplinaire incluant la sculpture, la gravure ou encore les installations, l’artiste questionne la définition des normes sociales et les enjeux de pouvoir liés aux régimes de représentation dominants. Ses dernières recherches s’attachent à déconstruire les rouages de nos subconscients et à mettre en lumière la façon dont les héritages conscients et inconscients déterminent notre perception du monde, mais aussi l’interprétation que nous en faisons et la façon dont nous définissons en conséquence nos identités historiques, politiques, économiques et culturelles.

Binta Diaw

Binta Diaw, artiste d’origine sénégalaise née à Milan en Italie où elle vit et travaille, n’a de cesse de remettre en question la domination d’une perspective eurocentrée. Les recherches plastiques de Binta Diaw s’inscrivent dans une réflexion philosophique sur les phénomènes sociaux qui définissent notre monde contemporain, tels que la migration, la notion d’appartenance ou encore la question du genre. Travaillant avec des matières comme la terre, la craie, les cordes, les cheveux synthétiques, les drapeaux roulés, l’artiste nous entraine dans l’exploration des multiples couches de l’identité ; la sienne en tant que femme noire dans un monde européanisé ; la nôtre et celle d’un continent à la croisée de l’histoire et des géographies.

Rahima Gambo

Née à Londres au Royaume-Uni, Rahima Gambo, nigériane, vit et travaille à Abuja dans son pays d’origine. Elle se tourne vers les arts plastiques après avoir mené de nombreux projets documentaires transmédias pour la presse. Se penchant sur la figure de la « marche » comme processus, elle explore les cartographies potentielles qui en découlent, à travers des œuvres immersives où se mélangent installations, photographies, vidéos, sons et approche documentaire. Géographie psycho-spirituelle, sociopolitique, environnement urbain, pensée autobiographique sont autant de thèmes qui irriguent la pratique de l’artiste et font de sa réflexion une position engagée au monde.

Adji Dieye

Adji Dieye, artiste italienne et sénégalaise vit et travaille entre le Sénégal, l’Italie et la Suisse. Sa pratique artistique interroge la nature transmédia du médium photographique et s’intéresse au rôle et aux héritages de l’épistémologie dans la construction contemporaine de soi. À travers ses projets, l’artiste aborde la représentation visuelle et la marchandisation de l’identité tout en critiquant les normes culturelles et les rôles stéréotypés. Récemment, Adji Dieye s’est penchée sur les archives nationales du Sénégal conservées à Dakar. Cette recherche est l’occasion pour l’artiste de mettre en lumière des formes de dialogue et de recontextualisation des savoirs historiques dans le contexte néo-libéral et postcolonial contemporain.

L’exposition I have this memory, it is not my own est organisée dans le cadre de la neuvième édition du Partcours à Dakar au Sénégal dont l’objectif est de faire connaître les quartiers de la ville et sa banlieue à travers les lieux d’art qui l’animent. Avec cette exposition, la galerie renforce la visibilité donnée aux artistes femmes, l’ouverture aux artistes anglophones et poursuit son travail de recherche prospective de la nouvelle génération d’artistes.

Si vous êtes à Abidjan

La Galerie Cécile Fakhoury d’Abidjan vous présente du 12 décembre 2020 au 06 mars 2021 deux expositions personnelles : Comme la jungle, la mer de l’artiste sénégalais Kassou Seydou et Un est multiple, première exposition personnelle du jeune artiste guadeloupéen Elladj Lincy Deloumeaux.

Comme la jungle, la mer, Galerie principale

Kassou Seydou

De Dakar à Abidjan, à travers une quinzaine d’œuvres inédites, Kassou Seydou nous entraîne dans une odyssée plastique et poétique autour du voyage. Le 26 septembre 2002, le navire le Joola – qui fait la liaison entre le port de Ziguinchor en Casamance au Sénégal, terre d’origine de l’artiste, et celui de Dakar – fait naufrage. Du drame humain, qui marque encore aujourd’hui les consciences de plusieurs générations de Sénégalais, une question demeure : qu’est ce qui nous pousse encore et toujours au voyage ? Du voyage choisi allègrement au voyage que l’on s’impose ou qui nous est imposé, Kassou Seydou met en scène dans des fresques imposantes les méandres de traversées tant spirituelles que physiques. Toujours sensible aux sujets de société qui touchent son pays et l’ensemble du monde, Kassou Seydou nous invite à remettre en question notre prisme de perceptions et à embrasser, dans un geste généreux et humain, les rapports complexes entre construction de l’identité et altérité.

Kassou Seydou, Les richesses de Je-ne-sais-où, 2019 Acrylique sur toile, 150 x 130cm

Le travail de Kassou Seydou, poétique et proche de la narration, dévoile une vision d’un monde altéré et complexifié. Avec sa palette chaude et ses personnages animés, l’artiste fait le constat d’un monde désordonné. Les expositions personnelles de Kassou Seydou, présentées par la Galerie Cécile Fakhoury dès 2017, ont rencontré un vif succès africain et international. Il ne fait aucun doute que ce sera également le cas de celle-ci.

Un est multiple, Project Space

Elladj Lincy Deloumeaux

Né en 1995 aux Antilles sur l’île de la Guadeloupe, Elladj Lincy Deloumeaux vit et travaille aujourd’hui à Paris. À travers ses oeuvres, l’artiste explore une approche ouverte et vibrante de la relation des peuples et des imaginaires. Avec les oeuvres exposées, une série de portraits tirés de souvenirs familiaux, Elladj Lincy Deloumeaux nous plonge dans un récit pictural où s’entremêlent les anecdotes d’une histoire personnelle et les chroniques d’un monde pluriel. Un est multiple nous renvoie aux cosmogonies africaines qui peuplent la vie de l’artiste comme ses toiles. Le mélange constant des références, la superposition des temporalités, les symboles présents dans chaque œuvre, tout nous entraine dans une expérience sensorielle dont les racines guadeloupéennes ancestrales irradient jusqu’à une Afrique contemporaine et inversement.

Elladj Lincy Deloumeaux,
Sans titre 14, 2020, 21 x 14,8 cm
Marqueur et pastel sur papier
© Elladj Lincy Deloumeaux

Avec cette première exposition personnelle du jeune artiste Ellaj Lincy Delourmeaux, la Galerie Cécile Fakhoury poursuit un travail ambitieux de promotion et de soutien de la scène contemporaine africaine.

La Galerie, qui a ouvert ses portes depuis septembre 2012 à Abidjan et le printemps 2018 à Dakar et Paris, œuvre à la promotion de l’art contemporain sur le continent africain. Elle offre une visibilité à la créativité et à la diversité artistique contemporaine en Afrique à travers sa programmation d’expositions monographiques et collectives, mais aussi par sa participation aux foires et biennales internationales et par ses collaborations avec des galeries étrangères. En mars 2020, à Abidjan la Galerie Cécile Fakhoury a ouvert le Project Space, un espace d’exposition situé en face de la galerie principale et dédié à la jeune création ainsi qu’aux projets spéciaux.


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