Ce vendredi 12 juin, le musée du Quai Branly a été le théâtre d’un incident inédit. Cinq hommes d’origine africaine ont arraché un poteau funéraire exposé, afin de dénoncer, selon leurs dires, la « dépossession de l’Afrique de ses richesses ». Un nouvel acte dans le feuilleton dit de la restitution des objets d’art africains. La scène a été relayée en direct sur les réseaux sociaux.

Des paroles aux actes

Le musée du Quai Branly abrite dans ses locaux, la principale collection d’arts primaires africains de France. Selon le rapport Sarr-Savoy publié en 2018, cette collection réunirait plus de 50 000 pièces uniques ramenées pendant les missions d’exploration du continent et durant la colonisation. Un fait qui n’est pas vraiment du goût de tous les visiteurs, mais aussi d’un nombre croissant d’activistes et intellectuels de tous bords du continent qui militent en faveur d’une restitution pure et simple de ces objets à leurs pays d’origine.

Il suffit d’ailleurs de consulter le Livre d’or du musée parisien pour s’en rendre compte. De nombreux messages du type : « Rendez ses œuvres à l’Afrique » y sont en effet présents. Aucun incident majeur n’avait cependant été enregistré jusque-là. Mais ce 12 juin, les choses sont allées plus loin. Cinq hommes ont descellé un poteau funéraire Bari du XIXe siècle, provenant du Tchad ou du Soudan, exposé dans l’une des salles du musée.

Une vidéo postée en direct sur les réseaux sociaux

Désireux de donner à leur acte tout son impact, les mis en cause ont diffusé une vidéo de la scène, en direct sur Facebook. Dans les minutes qui ont suivi, une vidéo a été postée sur YouTube par les cinq mis en cause. On peut y voir l’un d’entre eux, de nationalité congolaise, avec le poteau arraché à la main, criant : « Ces biens nous ont été volés sous la colonisation. On part avec notre bien, on le ramène à la maison », « Nous avons décidé de récupérer ce qui nous appartient ». Le groupe a été immobilisé par les agents de sécurité du musée avant d’être interpellé, quelques minutes plus tard, par la police.

Vidéo prise sur Youtube

Restitution des objets d’art africains, un débat qui dure et divise

La vidéo a été largement relayée sur les pages des mouvements de défense des peuples noirs, avec des appréciations diverses. Du côté de l’État français, la réaction du ministre de la Culture ne s’est pas faite attendre. Dans un communiqué officiel, Franck Rister a condamné avec fermeté ces actes. Sans rejeter la légitimité du débat autour de la restitution des œuvres d’art issues du continent, il a affirmé que rien ne saurait justifier ce type d’actions. Dans son communiqué, le ministre dénonce également l’instrumentalisation de l’art à des fins politiques et confirme que ces pièces font bel et bien partie du patrimoine français.

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Rappelons que le débat sur la restitution des objets d’art africain a été lancé depuis 2017 par le président Emmanuel Macron au cours d’un voyage à Ouagadougou. Depuis lors, divers actes ont été posés en vue de la mise en place d’un dispositif légal et logistique pour en faire réalité. Cependant, de façon concrète, aucun retour n’a encore eu lieu et aucun agenda définitif n’a encore été retenu dans ce sens.

Des poursuites judiciaires

Le musée du Quai Branly a déposé une plainte contre les individus mis en cause et une enquête a été ouverte par la police. Gardés à vue pendant quelques heures, ils ont ensuite été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Le parquet de Paris a décidé d’engager contre eux des poursuites pour « Tentative de vol en réunion d’un objet mobilier classé ». Le procès est prévu pour septembre prochain.


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